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Les "tremors" sismiques révèlent un réservoir d’eau caché dans le glacier Tête Rousse
Une récente étude dirigée par des chercheurs de l’ISTerre montre comment les tremblements sismiques (tremors) à haute fréquence peuvent être utilisés pour détecter et localiser des réservoirs remplis d’eau à l’intérieur des glaciers, un enjeu clé pour l’évaluation des risques naturels liés aux glaciers. La recherche porte sur le glacier Tête Rousse, un petit glacier polythermal du massif du Mont-Blanc (Alpes françaises), historiquement connu pour la crue de catastrophique de 1892, produit par la vidange brutale d’un lac sous-glaciaire. Malgré des décennies de suivi et des vidanges répétées d’une cavité centrale, des levés géophysiques récents ont suggéré que des volumes d’eau significatifs pouvaient encore être stockés dans la partie supérieure du glacier.
En mai 2022, un réseau sismique dense déployé sur le glacier a enregistré un tremblement harmonique persistant dans la gamme de fréquences 20–200 Hz, apparaissant peu après que la température de l’air est montée au-dessus de 0 °C. L’amplitude du tremblement était maximale en soirée et présentait une corrélation claire avec les variations du niveau d’eau mesurées dans une crevasse située 230 m en aval du glacier, avec un décalage temporel cohérent avec l’infiltration des eaux de fonte à travers la neige et la glace.
En utilisant des approches sismiques complémentaires, incluant l’analyse spectrale, le « template matching » et la localisation des sources basée sur la décroissance d’amplitude et les arrivées des ondes P et S, les chercheurs ont localisé de manière cohérente la source du tremblement près du bergschrund, dans la partie supérieure du glacier. Des levés radar géophysiques réalisés en 2024, suivis d’investigations par forage, ont confirmé la présence d’un réservoir rempli d’eau proche de cette localisation.
Les caractéristiques du signal, fréquences de résonance stables, source peu profonde et absence d’événements répétitifs réguliers, indiquent que le tremblement est très probablement généré par des variations du niveau d’eau à l’intérieur d’une fracture connectée au réservoir, plutôt que par un glissement basal. Cette interprétation est renforcée par le lien temporel fort entre l’amplitude du tremblement, la température et la pression de l’eau.
Cette étude met en évidence le potentiel du suivi sismique comme outil non invasif pour identifier et suivre les réservoirs englaciaires, en complément des levés radar et des forages. De telles approches sont particulièrement précieuses pour améliorer la détection précoce de poches d’eau potentiellement dangereuses dans les glaciers affectés par le réchauffement climatique.
Références :
Allen, R. V., 1978.
Automatic earthquake recognition and timing from single traces
Bulletin of the Seismological Society of America, 68, 5, 1521–1532.
Gimbert, F., Nanni, U., Roux, P., Helmstetter, A., Garambois, S., Lecointre, A., et al., 2021.
A multi-physics experiment with a temporary dense seismic array on the Argentière glacier, French Alps : The RESOLVE project
Seismological Research Letters, 92, 2A, 1185–1201.
Helmstetter, A., 2022.
Repeating low frequency icequakes in the Mont-Blanc massif triggered by snowfalls
Journal of Geophysical Research : Earth Surface, 127, 12, e2022JF006837.
Larose, E., Helmstetter, A., Guillemot, A., Teodor, D., Camus, B., 2023.
Tête Rousse passive seismic array
Science Data Bank.
Contacts scientifiques :
- A. Helmstetter – Université Grenoble Alpes, Université Savoie Mont Blanc, CNRS, IRD, Université Gustave Eiffel, ISTerre
- S. Garambois – Université Grenoble Alpes, Université Savoie Mont Blanc, CNRS, IRD, Université Gustave Eiffel, ISTerre
- E. Thibert – University Grenoble Alpes, CNRS, INRAE, IRD, Grenoble INP, IGE
- O. Gagliardini – University Grenoble Alpes, CNRS, INRAE, IRD, Grenoble INP, IGE
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