À la découverte des mouvements du Nanga Parbat : quand une montagne se déforme sous nos yeux

Le Nanga Parbat, l’un des sommets les plus impressionnants de l’Himalaya, est aussi une montagne en pleine transformation. Culminant à 8 125 mètres, ce massif constitue un laboratoire naturel exceptionnel pour étudier la dynamique de la croûte terrestre.

Figure 5. Décomposition des vitesses mesurées par InSAR en composantes verticale et est-ouest, montrant le soulèvement actuel du massif du Nanga Parbat ainsi que ses mouvements horizontaux.



Des chercheurs d’ISTerre et leurs collaborateurs ont combiné mesures GNSS et données radar satellitaires (InSAR) pour cartographier les déformations actuelles du massif.

Le Nanga Parbat © Canva
Leurs résultats montrent que le Nanga Parbat se soulève aujourd’hui de plusieurs millimètres par an, avec des vitesses pouvant atteindre localement 5 à 6 mm/an. La déformation est cependant asymétrique : la partie occidentale se déplace également vers l’ouest, tandis que l’est du massif est principalement marqué par un mouvement vertical.

L’étude met également en évidence plusieurs failles normales actives, qui accommodent l’extension liée au soulèvement du massif. L’analyse des déplacements provoqués par les séismes du 30 décembre 2019 apporte en outre de nouvelles informations sur la géométrie des failles en profondeur.

Ces observations conduisent les chercheurs à proposer un modèle dans lequel un cœur ductile de la croûte remonte progressivement, tandis que sa partie superficielle, plus fragile, se fracture.

L’origine de cette remontée reste encore à comprendre. L’érosion intense, les structures tectoniques profondes et l’écoulement de la croûte pourraient notamment y contribuer.



Cette étude offre ainsi une nouvelle fenêtre sur les processus qui façonnent les grandes chaînes de montagnes : le Nanga Parbat n’est pas seulement un sommet spectaculaire, c’est une montagne qui bouge encore aujourd’hui.





L’étude complète est publiée dans : Journal of Geophysical Research : Solid Earth


Références : :

Daout, S., Doin, M., Peltzer, G., Socquet, A., & Lasserre, C. (2017) Large-scale InSAR monitoring of permafrost freeze-thaw cycles on the Tibetan Plateau. Geophysical Research Letters 44(2), 901–909.

Doin, M.-P., Cheiab, A., & Thollard, F. (2023) Strategy used for phase unwrapping in the NSBAS MT-InSAR chain. In : IGARSS 2023 – 2023 IEEE International Geoscience and Remote Sensing Symposium. IEEE, 8210–8213.

Espín Bedón, P. A., Audin, L., Doin, M.-P., Pinel, V., Pathier, E., Mothes, P., et al. (2022) Unrest at Cayambe Volcano revealed by SAR imagery and seismic activity after the Pedernales subduction earthquake, Ecuador (2016). Journal of Volcanology and Geothermal Research 428, 107577.

López-Quiroz, P., Doin, M.-P., Tupin, F., Briole, P., & Nicolas, J.-M. (2009) Time series analysis of Mexico City subsidence constrained by radar interferometry. Journal of Applied Geophysics 69, 1–15.

Contacts scientifiques :

  • Pauline Meyer – ISTerre, Univ. Grenoble Alpes, Univ. Savoie Mont Blanc, CNRS, IRD, Univ. Gustave Eiffel, Grenoble, France
  • François Jouanne– ISTerre, Univ. Grenoble Alpes, Univ. Savoie Mont Blanc, CNRS, IRD, Univ. Gustave Eiffel, Grenoble, France
  • Marie-Pierre Doin – ISTerre, Univ. Grenoble Alpes, Univ. Savoie Mont Blanc, CNRS, IRD, Univ. Gustave Eiffel, Grenoble, France
  • Owais Ahmed – Geoscience Advance Research Laboratories, Geological Survey of Pakistan, Islamabad, Pakistan
  • Adnan Alam Awan – Geoscience Advance Research Laboratories, Geological Survey of Pakistan, Islamabad, Pakistan
  • Naveed Munawar – Geoscience Advance Research Laboratories, Geological Survey of Pakistan, Islamabad, Pakistan
  • Ghulam Akbar – Geoscience Advance Research Laboratories, Geological Survey of Pakistan, Islamabad, Pakistan