Les courroies cachées de la Terre : relier séismes, volcanisme et recyclage profond de la Terre
Des recherches récentes sur les zones de subduction montrent que les séismes, le volcanisme et le recyclage profond des matériaux terrestres font partie d’un même système connecté. Dans ces zones, une plaque tectonique s’enfonce sous une autre, à l’origine de la majorité des grands séismes de la planète, tout en transportant de l’eau, du carbone et des roches vers le manteau.
L’une des découvertes les plus importantes de ces dernières décennies est que le mouvement des failles n’est pas uniquement brutal. Dans de nombreuses zones de subduction, la croûte glisse également lentement sur des périodes de quelques jours à quelques mois, lors de événements de glissement lent, souvent accompagnés d’une multitude de tremblements de terre de faible magnitude. Ces observations mettent en évidence un système complexe où friction, déformation et migration des fluides sont étroitement couplées, bien que la relation entre les glissements lents et les grands séismes reste encore mal comprise.
Les fluides libérés de la plaque en subduction semblent jouer un rôle central. À mesure que les roches s’enfoncent dans le manteau, elles libèrent de l’eau et du dioxyde de carbone, qui migrent vers le haut, affaiblissent les roches, génèrent du magma et alimentent les arcs volcaniques. Les signatures géochimiques préservées dans les roches volcaniques et les échantillons du manteau profond montrent que les matériaux de surface sont continuellement recyclés vers l’intérieur de la Terre.
Certaines observations suggèrent qu’une partie de ce matériel riche en éléments volatils pourrait être transporté plus profondément qu’on ne le pensait auparavant, atteignant potentiellement la zone de transition du manteau. Cependant, le moment et la nature de l’apparition de la tectonique des plaques à l’échelle globale restent débattus, avec des hypothèses allant de processus de type subduction très précoces sur la Terre primitive à une mise en place plus tardive de la tectonique des plaques moderne.
Pour mieux comprendre ces systèmes, de nouvelles approches émergent, notamment les “jumeaux numériques” des zones de subduction. Il s’agit de modèles virtuels qui intègrent des données sismiques, satellitaires, océanographiques et géologiques dans des simulations continuellement mises à jour du comportement de la Terre. L’objectif est de mieux comprendre les processus de séismes et de tsunamis dans un cadre physique unifié.
Dans cette perspective, les zones de subduction ne sont pas de simples frontières tectoniques, mais des systèmes dynamiques reliant la surface de la Terre à son intérieur profond, contrôlant à la fois des événements catastrophiques et l’évolution à long terme de notre planète.
Références :
Schellart, W.P. (2023) Subduction zones : a short review. In : Duarte, J.C. (ed.) Dynamics of plate tectonics and mantle convection. Elsevier, Amsterdam, 321–355.
Ricard, Y. & Vigny, C. (1989) Mantle dynamics with induced plate tectonics. Journal of Geophysical Research 94(B12), 17543–17559.
Dascher-Cousineau, K., Bürgmann, R., Frank, W.B., et al. (2024) Global subduction slow slip events and associated transient deformation. Science Advances 10(35), 2191.
Contact scientifique :
- Stéphane Guillot – ISTerre, Univ. Grenoble Alpes, Univ. Savoie Mont Blanc, CNRS, IRD, Univ. Gustave Eiffel, Grenoble, France
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