Petit événement, grand impact : ce que révèle l’événement en cascade du Vallunaraju du 28 avril 2025, Cordillère Blanche, Pérou


Les vidanges de lacs glaciaires, ou GLOF (Glacial Lake Outburst Floods), correspondent à des libérations soudaines d’eau depuis des lacs alimentés par les glaciers. Elles peuvent être déclenchées par différents processus, notamment des avalanches de glace ou de roche, des ruptures de moraine, etc, et font partie des aléas cryosphériques les plus destructeurs.



a) Contexte régional : glaciers, lacs et GLOFs recensés dans la Cordillère Blanche (Pérou). b) Zoom sur la vallée de Casca, le glacier Vallunaraju et le trajet de la crue vers le district d’Independencia. c) Images Pléiades RGB avant/après l’événement (©CNES/AIRBUS) ; l’emprise urbaine 2025 a été mise à jour à partir de l’image Pléiades et des données OpenBuildings v3.


a) Dynamique reconstituée de la GLOF des lacs A et B jusqu’au quartier d’Independencia. La barre de couleurs (rouge–bleu) représente les taux locaux de production de sédiments (m³/m), moyennés tous les 50 m. a1) Cône de dépôt (4 290 m) et érosion du cône préexistant. a2) Vue aérienne de la section E’–F’ montrant les zones d’érosion et de dépôt. a3) Érosion et dépôt dans le quartier d’Independencia. a4) Première zone de dépôt (4 290 m) avec des dépôts de sédiments fins après la GLOF. b) Quantification volumétrique des sédiments le long des 14 km du chenal. α correspond à la pente moyenne (%) de la ligne noire.



Dans la Cordillère Blanche, au Pérou, l’une des régions les mieux documentées au monde en matière de GLOF, la plupart des études et des stratégies de gestion du risque se sont historiquement concentrées sur les grands lacs glaciaires (>0,1 km²), principalement parce qu’ils stockent de plus grands volumes d’eau et ont souvent été associés à des événements catastrophiques. Pourtant, les lacs de petite et moyenne taille (<0,1 km²) sont beaucoup plus nombreux dans de nombreuses chaînes de montagne en déglaciation et restent fréquemment sous-représentés dans les évaluations de l’aléa.

Dans cette étude, nous avons reconstruit le GLOF du Vallunaraju survenu le 28 avril 2025 dans la Cordillère Blanche, au Pérou. L’événement a été déclenché par un éboulement rocheux qui a impacté deux petits lacs périglaciaires (<0,01 km²) dans la partie amont de la vallée de Casca. À partir d’images satellitaires Pléiades à très haute résolution et de modèles numériques de surface (incluant des acquisitions soutenues par CIEST²), nous avons quantifié les changements dans la zone source, l’érosion en aval et l’entraînement sédimentaire le long du trajet de la crue. Les impacts documentés comprennent deux décès, ainsi que des dommages affectant cinq ponts, vingt-neuf maisons et des infrastructures d’eau. Bien que le volume initial d’eau libéré par le lac ait été modeste, environ 42×10³ m³, la crue a progressivement incorporé des sédiments sur près de 14 km jusqu’à la conurbation de Huaraz–Independencia. Ce processus a amplifié le volume total de la mixture en mouvement jusqu’à environ 296×10³ m³, soit près de 6 à 7 fois le volume initial du lac. Selon les scénarios de vidange considérés, les sédiments entraînés représentaient environ 73 à 84 % du volume total de la mixture, tandis que l’eau issue du lac contribuait à hauteur de 13 à 15 % et le débit de base du bassin versant à environ 1 à 5 %. Ces résultats montrent que l’érosion en aval et la disponibilité sédimentaire ont davantage contrôlé la magnitude de l’événement que le volume initial du lac lui-même.

La cascade amplifiée par les sédiments du Vallunaraju met en évidence une lacune importante dans les évaluations actuelles des GLOF : la nécessité d’intégrer la susceptibilité aux déclenchements, la propagation en aval, l’entraînement sédimentaire, l’exposition et la vulnérabilité sociale. Une telle approche intégrée est essentielle pour mieux anticiper les risques émergents dans des environnements de montagne en rapide évolution.


Ce travail a été rendu possible grâce à une forte collaboration entre les laboratoires de l’OSUG en France, notamment ISTerre, IGE et EDYTEM, et des partenaires clés au Pérou, dont l’Universidad Nacional Santiago Antúnez de Mayolo (UNASAM), l’Instituto Nacional de Investigación en Glaciares y Ecosistemas de Montaña (INAIGEM), l’Autoridad Nacional del Agua (ANA) et l’Instituto Geológico Minero y Metalúrgico (INGEMMET).


L’étude complète est publiée dans : NATURE, npj Natural Hazards

Crédits : CNES (post-doctoral scholarships) ; CNRS (PAPROG, Labcom) ; Prociencia-Concytec (Péru)


Références :

Cusicanqui, D., Loarte, E., Gómez, W. et al. Small event, big impact : insights from Vallunaraju cascade event on April 28, 2025. npj Nat. Hazards 3, 51 (2026).

Contacts scientifiques :

  • Diego Cusicanqui – ISTerre, Univ. Grenoble Alpes, Univ. Savoie Mont Blanc, CNRS, IRD, Univ. Gustave Eiffel, Grenoble, France